Réactions acido-basiques
Ce que tu vas travailler
Prévoir un équilibre et résoudre des problèmes acido-basiques ou rédox.
Prérequis : Mole, concentrations et équilibrage des équations.
Lis les explications, refais les exemples sur papier, puis cherche les exercices avant d’ouvrir leur correction. La fiche de synthèse, lorsqu’elle est disponible, sert à réviser après le cours.
Le pH de ton sang est de 7,4. À 7,0, tu es dans le coma. Cette marge minuscule est tenue par des systèmes tampons qui travaillent en permanence. C'est de la chimie acido-basique pure, et elle est vitale au sens strict du mot.
Le point qui coûte le plus de points : l'échelle de pH est logarithmique. Une unité d'écart, c'est un facteur dix.
Sommaire du cours
1Acides et bases selon Brønsted
Avant de calculer quoi que ce soit, il faut savoir de quoi on parle. La définition la plus utile au concours est celle de Brønsted (1923), simple et opérationnelle. Un acide est une espèce capable de céder un proton H⁺ ; une base est une espèce capable de capter un proton H⁺. Tout se joue autour de cette petite particule, le proton, c'est-à-dire un atome d'hydrogène qui a perdu son électron.
Quand un acide AH donne son proton, il se transforme en une espèce A⁻ qui, elle, pourrait le reprendre : A⁻ est donc une base. On dit que AH et A⁻ forment un couple acide/base conjugué, noté AH/A⁻. Par exemple, l'acide chlorhydrique HCl donne le couple HCl/Cl⁻, l'acide acétique CH₃COOH donne CH₃COOH/CH₃COO⁻. À chaque acide correspond ainsi une base conjuguée, et réciproquement.
Un point subtil mais fondamental : une réaction acido-basique met toujours en jeu deux couples. Le proton cédé par un acide ne part jamais tout seul dans le vide ; il est capté par une base. L'eau elle-même joue ce double rôle : elle peut céder un H⁺ (elle est alors acide, couple H₂O/OH⁻) ou en capter un (elle est alors base, couple H₃O⁺/H₂O). On dit que l'eau est amphotère.
Le proton n'est jamais seul
En solution aqueuse, le proton H⁺ ne flotte pas librement : il s'accroche aussitôt à une molécule d'eau pour former l'ion hydronium H₃O⁺. Écrire H⁺ ou H₃O⁺ revient au même dans les calculs ; retiens juste que [H⁺] et [H₃O⁺] désignent la même grandeur.
🧩 Donne la base conjuguée de l'acide nitrique HNO₃, puis l'acide conjugué de l'ammoniac NH₃.
Facile🧩 L'ion hydrogénocarbonate HCO₃⁻ peut à la fois céder et capter un proton. Écris ses deux couples.
Intermédiaire2Le pH et sa définition
Une solution acide contient beaucoup d'ions H⁺, une solution basique en contient peu. Mais les concentrations en jeu s'étalent sur un domaine gigantesque : de 1 mol/L à 0,000 000 000 000 01 mol/L. Manipuler de tels nombres serait pénible. On introduit donc une grandeur plus commode, le pH (« potentiel hydrogène »), qui compresse cette échelle grâce au logarithme.
Le pH est défini comme l'opposé du logarithme décimal de la concentration en ions H⁺ (exprimée en mol/L) :
Le pH est un nombre sans unité. Le signe moins est là pour rendre les valeurs positives : comme [H⁺] est presque toujours inférieure à 1, son logarithme est négatif, et l'opposé devient positif. Ainsi une solution où [H⁺] = 10⁻³ mol/L a un pH de 3 ; si [H⁺] = 10⁻⁹ mol/L, le pH vaut 9. Plus [H⁺] est grande, plus le pH est petit : acide = pH bas.
Prenons un cas concret. Un jus de citron a [H⁺] ≈ 10⁻² mol/L : son pH vaut −log(10⁻²) = 2. L'eau pure a [H⁺] = 10⁻⁷ mol/L, donc pH = 7 : c'est le neutre. Un débouche-évier a [H⁺] ≈ 10⁻¹³ mol/L, soit pH = 13.
🔧 Déplace le curseur de pH : chaque unité multiplie [H⁺] par 10 (échelle logarithmique).
pH = 3 → ACIDE
[H⁺] = 10⁻3 mol/L
Exemple courant : vinaigre. Le sang humain est à pH 7,4 — très finement régulé.
Neutre, acide, basique
À 25 °C : pH = 7 est neutre, pH < 7 acide, pH > 7 basique. Ces repères ne valent qu'à cette température, car la référence (l'eau pure) change légèrement avec la température. Au concours, on travaille presque toujours à 25 °C.
🧩 Une solution a une concentration [H⁺] = 10⁻⁴ mol/L. Quel est son pH ? Est-elle acide ou basique ?
Facile🧩 Une solution d'acide chlorhydrique a [H⁺] = 2,5×10⁻³ mol/L. Calcule son pH.
Intermédiaire- 1Acide de Brønsted = il donne un H⁺. Base = elle en capte un.
- 2Repère visuel : une formule qui commence par H (HCl, H₂SO₄) est en général un acide.
- 3OH⁻ ou NH₃ dans l'énoncé → pense base. Et à chaque acide correspond une base conjuguée.
3L'échelle de pH et la relation inverse
Le logarithme fonctionne dans les deux sens. Si le pH se calcule à partir de [H⁺], on doit aussi savoir remonter de la valeur du pH à la concentration. C'est l'opération inverse : on prend 10 à la puissance (−pH).
Le point capital, et c'est là que le lien avec le chapitre sur les logarithmes est direct : l'échelle de pH est logarithmique, pas linéaire. Passer d'un pH de 5 à un pH de 4, ce n'est pas « un peu plus acide » : c'est 10 fois plus d'ions H⁺. De 5 à 3, c'est 10 × 10 = 100 fois plus. Chaque unité de pH représente un facteur 10 sur la concentration.
Cette compression est exactement le but recherché : elle permet de ranger des acidités qui varient d'un facteur cent mille milliards sur une petite échelle allant de 0 à 14. Voici quelques repères à avoir en tête, avec les concentrations correspondantes :
| Milieu | pH approximatif | [H⁺] (mol/L) |
|---|---|---|
| --- | --- | --- |
| Suc gastrique | 1,5 | ≈ 3×10⁻² |
| Jus de citron | 2 | 10⁻² |
| Café | 5 | 10⁻⁵ |
| Eau pure (neutre) | 7 | 10⁻⁷ |
| Sang | 7,4 | ≈ 4×10⁻⁸ |
| Eau de mer | 8 | 10⁻⁸ |
| Débouche-évier | 13 | 10⁻¹³ |
Le piège du « facteur 10 »
Une erreur classique consiste à croire qu'un pH de 6 est « deux fois moins acide » qu'un pH de 3. Faux : la différence est de 3 unités, soit un facteur 10³ = 1000. Un pH de 3 est mille fois plus concentré en H⁺ qu'un pH de 6. Raisonne toujours en puissances de 10.
🧩 Une solution a un pH de 5. Quelle est sa concentration en ions H⁺ ?
Facile🧩 On passe d'une solution de pH 8 à une solution de pH 5. Par quel facteur la concentration en H⁺ a-t-elle été multipliée ?
Intermédiaire4Le produit ionique de l'eau
L'eau pure n'est pas totalement inerte : une infime fraction de ses molécules se dissocie spontanément, une molécule cédant un proton à une autre. C'est l'autoprotolyse de l'eau. Elle produit autant d'ions H⁺ que d'ions OH⁻ (ions hydroxyde), ce qui explique que l'eau pure soit neutre.
Le produit des deux concentrations est une constante à température donnée : le produit ionique de l'eau, noté Ke. À 25 °C, il vaut 10⁻¹⁴. Cette relation est valable dans toute solution aqueuse, acide ou basique, pas seulement dans l'eau pure — c'est ce qui la rend si puissante.
De la première relation, en prenant l'opposé du logarithme des deux côtés, on tire la seconde, bien plus commode : pH + pOH = 14, où pOH = −log[OH⁻]. Elle relie directement l'acidité et la basicité. Si tu connais l'un, tu as l'autre. Dans l'eau pure, [H⁺] = [OH⁻] = 10⁻⁷ mol/L, d'où pH = pOH = 7 : la neutralité, c'est l'égalité des deux ions, pas leur absence.
Cette relation permet de calculer le pH d'une base. Si l'on connaît [OH⁻], on trouve pOH = −log[OH⁻], puis pH = 14 − pOH. Sans elle, on serait bloqué, car le pH ne se lit directement que sur [H⁺].
🧩 Une solution basique a [OH⁻] = 10⁻² mol/L. Quel est son pH ?
Facile🧩 Dans une solution, [H⁺] = 4×10⁻⁵ mol/L. Calcule [OH⁻].
Intermédiaire- 1Acide fort : il se dissocie totalement, donc [H⁺] = C. Le pH vaut alors −log C.
- 2Une dilution par 10 fait monter le pH d'exactement 1 unité (pour un acide).
- 3Contrôle final : pH < 7 pour un acide, > 7 pour une base. Sinon, reprends le calcul.
5Acides forts et acides faibles
Tous les acides ne « lâchent » pas leur proton avec la même générosité. C'est la distinction essentielle du chapitre, et une source d'erreurs fréquente au concours. Un acide fort se dissocie totalement dans l'eau : chaque molécule cède son proton. Un acide faible ne se dissocie que partiellement : seule une fraction des molécules libère son H⁺, le reste demeure sous forme non dissociée, et un équilibre s'installe.
La conséquence pratique est directe. Pour un acide fort de concentration C (par exemple HCl), on a simplement [H⁺] = C, car tout est dissocié. Le pH se calcule alors immédiatement : pH = −log C. Pour l'acide chlorhydrique à 10⁻² mol/L, [H⁺] = 10⁻² et pH = 2.
Pour un acide faible (comme l'acide acétique du vinaigre), [H⁺] est inférieure à C, car seule une partie s'est dissociée. À concentration égale, un acide faible donne donc un pH plus élevé (moins acide) qu'un acide fort. Cela s'écrit avec une double flèche ⇌, symbole de l'équilibre, tandis que l'acide fort s'écrit avec une flèche simple → de réaction totale.
| Acide fort | Acide faible | |
|---|---|---|
| --- | --- | --- |
| Dissociation | totale | partielle |
| Symbole | → | ⇌ |
| [H⁺] vs C | [H⁺] = C | [H⁺] < C |
| pH (même C) | plus bas | plus haut |
| Exemples | HCl, HNO₃, H₂SO₄ | CH₃COOH, H₂CO₃ |
Ne confonds jamais « fort » et « concentré »
« Fort » décrit la dissociation (l'acide donne-t-il facilement son proton ?). « Concentré » décrit la quantité dissoute (combien de moles par litre ?). On peut avoir un acide fort très dilué (peu acide) et un acide faible très concentré. Un acide faible concentré peut d'ailleurs être plus acide qu'un acide fort dilué. Ce sont deux notions indépendantes.
🧩 Quel est le pH d'une solution d'acide chlorhydrique (acide fort) de concentration 10⁻³ mol/L ?
Facile🧩 Deux solutions ont la même concentration C = 10⁻² mol/L : l'une d'acide chlorhydrique (fort), l'autre d'acide acétique (faible, dissocié à environ 4 %). Compare leurs pH.
Concours6Réaction acide-base et titrage
Quand on verse une base sur un acide, il se produit une réaction de neutralisation : les H⁺ de l'acide et les OH⁻ de la base se combinent pour former de l'eau. C'est le principe du titrage, une technique de laboratoire qui permet de déterminer une concentration inconnue en la neutralisant par une solution de concentration connue.
On ajoute progressivement la base (versée depuis une burette) dans l'acide, jusqu'à l'équivalence : le point précis où la quantité de base ajoutée a exactement neutralisé la quantité d'acide présente. À ce point, ni l'un ni l'autre n'est en excès. Comme la quantité de matière vaut concentration × volume (n = C·V), l'équivalence pour un acide et une base à un seul proton s'écrit :
Cette relation est un outil de calcul : trois grandeurs connues donnent la quatrième. Si tu titres 20 mL d'un acide inconnu et qu'il faut 15 mL de soude à 0,10 mol/L pour atteindre l'équivalence, tu remontes à Ca = Cb·Vb / Va. C'est ainsi qu'on dose l'acidité d'un vin, d'un lait ou d'un médicament.
Reste à repérer l'équivalence. On utilise un indicateur coloré, une molécule qui change de teinte selon le pH (le bleu de bromothymol vire du jaune au bleu vers pH 7, la phénolphtaléine passe d'incolore à rose vers pH 9). La goutte qui fait basculer la couleur signale l'équivalence.
La méthode en trois temps
Face à un titrage : (1) écris Ca·Va = Cb·Vb ; (2) repère l'inconnue et convertis tous les volumes dans la même unité (les mL peuvent rester en mL des deux côtés, ils se simplifient) ; (3) isole et calcule. La conversion en litres n'est nécessaire que si tu veux une concentration, pas un rapport.
🧩 On titre 20 mL d'acide chlorhydrique par de la soude (NaOH) à 0,10 mol/L. L'équivalence est atteinte après avoir versé 16 mL de soude. Quelle est la concentration de l'acide ?
Intermédiaire🧩 Quel volume de soude à 0,20 mol/L faut-il pour neutraliser 25 mL d'acide nitrique à 0,15 mol/L ?
ConcoursVu au concoursÀ l'équivalence
On y verse autant de moles de base que d'acide présent : n(acide) = n(base), soit Ca·Va = Cb·Vb. Attention, le pH à l'équivalence ne vaut 7 que pour un acide fort avec une base forte.
7Les solutions tampons
Certains mélanges ont une propriété remarquable : ils résistent aux variations de pH. Si l'on ajoute un peu d'acide ou de base, leur pH bouge à peine. On les appelle solutions tampons. Un tampon est constitué d'un acide faible et de sa base conjuguée en quantités comparables (par exemple CH₃COOH + CH₃COO⁻).
Le mécanisme se comprend simplement. Si tu ajoutes des H⁺, la base conjuguée présente les capte ; si tu ajoutes des OH⁻, l'acide faible cède des H⁺ pour les neutraliser. Le couple joue le rôle d'un amortisseur chimique dans les deux sens, tant que ni l'acide ni la base ne sont épuisés. Le pH reste alors quasi constant.
Cette propriété est cruciale en médecine, car les réactions du corps ne tolèrent qu'une plage de pH très étroite. Les tampons biologiques (bicarbonate, phosphates, protéines) sont ce qui te maintient chimiquement en vie à chaque instant.
Pour le futur médecin
Ton sang est verrouillé à pH 7,4 (plage tolérée : 7,35 à 7,45). En dessous, c'est l'acidose ; au-dessus, l'alcalose — et hors de 6,8–7,8, le pronostic vital est engagé. Le gardien principal est le tampon bicarbonate : le couple H₂CO₃/HCO₃⁻. Sa force vient d'un réglage double : les poumons évacuent le CO₂ (qui forme H₂CO₃, donc de l'acide) en modulant la respiration, et les reins ajustent le HCO₃⁻. Un patient qui hyperventile élimine trop de CO₂ et bascule en alcalose respiratoire ; un diabétique en crise accumule des acides et fait une acidocétose. À l'opposé, l'estomac sécrète volontairement de l'acide chlorhydrique pour atteindre un pH de 1,5 à 2, indispensable à la digestion et à la destruction des microbes — d'où les brûlures d'un reflux. Le pH n'est pas un détail de chimie : c'est un paramètre vital surveillé en réanimation.
🧩 Pourquoi un tampon doit-il contenir à la fois un acide faible ET sa base conjuguée, et pas seulement l'un des deux ?
Facile🧩 Un patient hyperventile et élimine trop de CO₂. Le sang perd de l'acide H₂CO₃. Le pH sanguin va-t-il augmenter ou diminuer, et comment nomme-t-on ce trouble ?
Intermédiaire8Les erreurs fréquentes
Les erreurs qui coûtent des points
Oublier le signe moins du pH
pH = −log[H⁺] : sans le moins, on obtient un nombre négatif absurde.
Raisonner en linéaire
l'échelle est logarithmique : une unité de pH = un facteur 10 sur [H⁺], pas « un peu ».
Confondre fort et concentré
« fort » = dissociation totale, « concentré » = beaucoup de moles ; ce sont deux choses.
Mettre [H⁺] = C pour un acide faible
seul l'acide fort vérifie [H⁺] = C ; pour un faible, [H⁺] < C.
Oublier pH + pOH = 14
pour une base, on passe par pOH puis pH = 14 − pOH ; on ne lit pas [OH⁻] directement en pH.
Se tromper d'unité de volume au titrage
dans Ca·Va = Cb·Vb, les volumes doivent être dans la même unité des deux côtés.
Croire que neutre = pas d'ions
à pH 7, [H⁺] = [OH⁻] = 10⁻⁷ mol/L : les ions sont là, en quantités égales.
Points clés à retenir
- Brønsted : un acide cède un H⁺, une base le capte ; ensemble ils forment un couple AH/A⁻.
- pH = −log[H⁺], sans unité, [H⁺] en mol/L ; acide si pH < 7, neutre à 7, basique si pH > 7.
- Relation inverse : [H⁺] = 10^(−pH) ; l'échelle est logarithmique, une unité = un facteur 10.
- Produit ionique : [H⁺]·[OH⁻] = Ke = 10⁻¹⁴ à 25 °C, d'où pH + pOH = 14 dans toute solution aqueuse.
- Acide fort : dissociation totale, [H⁺] = C ; acide faible : dissociation partielle, [H⁺] < C.
- Titrage : à l'équivalence Ca·Va = Cb·Vb, repérée par un indicateur coloré.
- Tampon = acide faible + base conjuguée : il résiste aux variations de pH dans les deux sens.
- Médecine : sang à pH 7,4 (tampon bicarbonate), estomac à pH 1,5 ; acidose et alcalose sont des urgences.
Le chapitre en 8 points
01 / 08
Brønsted
Un acide donne un H⁺, une base l'accepte ; ils forment un couple acide/base.
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